L’architecture parisienne

« Plus belle ville du monde », « cité de l’amour », « ville lumière »… les superlatifs et métaphores ne manquent pas pour nommer Paris. Ce qu’on remarque, c’est que l’architecture de la capitale française y joue beaucoup, notamment en termes de vecteur de charme et d’imaginaire : elle incarne ce que certains nomment l’ « authenticité » de la ville, avec un rapport particulier à l’ancien, en opposition à celle de villes plus neuves telles que New York ou Hong Kong.

L’architecture parisienne est ainsi à étudier profondément dans son évolution historique et contemporaine, dans les partis pris de conservation et de modernisation qu’elle présente. Cette architecture est de plus particulièrement ancrée dans ses monuments et leurs aménagements, faisant de Paris l’un des plus grands centres touristiques au monde.

Histoire de l’architecture parisienne : l’avant et l’après Haussmann

L’histoire de l’architecture parisienne est à mettre en parallèle à celle de l’histoire de Paris, dont le paysage a été modelé et remodelé au fil des siècles pour des raisons aussi bien politiques qu’économiques ou hygiéniques.

Paris est, depuis le IVème siècle, un lieu politique où se concentrent très vite les pouvoirs de décision : à partir de Clovis, les rois viennent y vivre et y apporter leurs modifications. De nombreux bâtiments des dix premiers siècles sont encore visibles aujourd’hui, érigés comme monuments et lieux de visite. Les Arènes de Lutèce par exemple, situées dans le 5e arrondissement, autrefois lieu de combats de gladiateurs romains, accueillent aujourd’hui touristes et parisiens comme le ferait un simple parc. La Montagne Sainte-Geneviève, sur le versant de laquelle ont été construites les Arènes de Lutèce, regorge d’anciens édifices aujourd’hui détournés de leurs fonctions premières : ainsi le Panthéon, anciennement église Sainte-Geneviève, sert aujourd’hui de mausolée pour les grands hommes et femmes de la nation, ou encore le lycée Henri IV, qui, lui, est construit sur l’emplacement de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève.

Du IVème au Xème siècle, l’organisation de la ville de Paris tourne autour de l’Île de la Cité, qui comportait un palais, une cathédrale et un mur d’enceinte. A partir du XIème siècle, l’architecture de Paris évolue, s’inspirant notamment de l’architecture romane, puis plus tard du style gothique dont la cathédrale Notre-Dame reste de nos jours le résultat le plus connu. Au cours de cette période, qui s’étend jusqu’aux temps modernes, on construit à Paris d’autres grands édifices encore visibles aujourd’hui, tels que le Louvre ou la place de la Bastille.

Les temps modernes, qui commencent au XVIème siècle sous l’influence de la Renaissance italienne, remettent au goût du jour le style classique, qui s’inspire de l’Antiquité et rompt peu à peu avec le style gothique. Quelques exemples en sont le palais des Tuileries, certains hôtels parisiens tels que l’hôtel Carnavalet et quelques édifices religieux tels que la Chapelle des Orfèvres.

Surtout, la ville de Paris telle que nous la connaissons aujourd’hui résulte en grande partie des fameux travaux du Baron Eugène Haussmann. Celui-ci crée, sous le Second Empire de Napoléon III, une véritable rupture dans l’architecture de Paris et ainsi dans l’organisation de la ville. Le projet d’Haussmann était de moderniser la ville, en l’assainissant et en l’embellissant : il touchait aussi bien à l’agencement des rues et boulevards, qu’aux réseaux des égouts et canalisation d’eau, aux espaces verts et aux façades des immeubles.

Architecture Paris

La percée de la ville par de grands boulevards (Boulevard Saint-Michel, Boulevard de Sébastopol…) et l’élargissement des boulevards existants furent sans doute les plus grandes réussites d’Haussmann : tout à coup, la ville s’éclaira. Il devenait, de plus, bien plus aisé de se rendre d’un quartier à l’autre, en empruntant l’un des nouveaux axes qui divisèrent la ville, et la circulation devint plus fluide. Les travaux d’Haussmann aménagèrent de plus des grandes places qui concentrèrent les points d’arrivée des nouveaux grands axes : ainsi, il fut désormais possible de se rendre de la place de l’Etoile au quartier de l’opéra, en empruntant l’avenue de Friedland et le boulevard Haussmann.

Le Baron Haussmann n’a pas seulement réagencé la ville de Paris, il l’a également embellie de mille façons. Parmi celles-ci, la construction de divers édifices a contribué à perpétuer la place de prestige tenue par la capitale parmi toutes les autres villes de France et d’Europe : l’Opéra Garnier (construit par Charles Garnier), les théâtres de la place du Châtelet, les vingt mairies des arrondissements parisiens, l’église Saint-Augustin… La construction de ces bâtiments est pensée en fonction de l’aménagement des axes et des avenues, qui en accentuent la grandeur (ainsi l’Opéra Garnier et l’avenue de l’Opéra vont de paire).

Haussmann a également orné la ville d’espaces verts, sur le modèle des parcs londoniens qui ont été élaborés sous le règne victorien dans le but de donner des poumons verts à la ville. Avant Haussmann, les jardins étaient surtout réservés à des espaces clos et privés. Désormais, on trouve à l’intérieur de la ville des parcs, à l’instar du parc Montsouris et du parc des Buttes Chaumont, et à l’extérieur de la ville des bois, tels que le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, qui participent à la visée hygiéniste des travaux d’Haussmann et de Napoléon III.

Ces travaux ne laissent par ailleurs pas en reste l’architecture des lieux d’habitation, aussi bien extérieure qu’intérieure. Dans une perspective d’assainissement, ce qu’on nomme aujourd’hui les « immeubles haussmanniens » avaient vocation d’offrir une meilleure qualité d’air et une meilleure circulation de l’eau et évacuation des ordures.

Ainsi, la période des travaux d’Haussmann touche aussi bien à l’architecture publique et privée à Paris, et a profondément marqué le paysage de la ville. Aujourd’hui, le terme « haussmannien » est celui qui est invoqué le plus fréquemment lorsqu’il est question d’architecture parisienne.

Caractéristiques de l’architecture parisienne

L’architecture parisienne reste encore majoritairement une architecture haussmannienne. Avec plus de 40 000 logements construits sous le Second Empire, les immeubles haussmanniens représentent aujourd’hui près de 60% des immeubles de Paris.

L’une des caractéristiques principales de cette architecture réside dans la façade, un élément sur lequel Haussmann avait beaucoup travaillé, dans un souci d’apporter plus de lumière à la ville et aux habitations. La façade est construite en pierre de taille et doit respecter des proportions bien précises : les lignes principales d’une façade doivent être de même hauteur afin de former un ensemble uni, et cette même façade doit être, quant à elle, de hauteur proportionnelle à la largeur de la voierie. Par exemple, une voie d’une largeur de 10 à 20 mètres ne devait présenter que des immeubles dont la façade ne dépassait par les 18 mètres de hauteur. Ainsi, l’homogénéité des immeubles était primordiale, notamment parce qu’ils se devaient de dessiner les plans urbains d’Haussmann et s’intégrer aux axes définis par ceux-ci.

De plus, les immeubles haussmanniens n’ont jamais plus de six étages. Chacun de ces étages avaient une connotation sociale et/ou commerciale bien définie :

- Le rez-de-chaussée pouvait servir de lieu de commerce, avec un premier étage (« l’entresol ») servant de réserve de marchandises et de logement pour les commerçants.

- Le deuxième étage, appelé « étage noble », était réservé aux familles les plus aisées, qui n’avaient alors pas à monter trop de marches à l’époque où l’ascenseur n’existait pas encore. Cet étage était richement orné à l’extérieur et présentait un plafond plus haut que les autres niveaux.

- Du deuxième au cinquième étage, on retrouvait un plan d’appartement classique, avec un ensemble dit « filant », c’est-à-dire sans interruption sur la façade. Les pièces sont en enfilade au niveau de la façade où se trouve généralement le salon. L’extérieur est joliment décoré de moulures et parfois de balcons en fer forgé.

- Le sixième étage, situé sous les toits, est divisé en plusieurs petites chambres (surnommées « chambres de bonne »), où résidaient autrefois les domestiques. On y accède par un escalier de service qui le relie aux autres appartements.

L’architecture parisienne se caractérise aujourd’hui également par l’architecture de ses divers monuments. La ville compte environ 1800 bâtiments inscrits à l’inventaire des monuments historiques, venant d’époques très différentes, comme nous avons pu le voir lors de notre aperçu de l’histoire de l’architecture parisienne. La majorité d’entre eux se trouvent dans le centre de Paris : la cathédrale Notre-Dame, le Louvre, la Tour Eiffel, le Trocadéro, le Grand Palais, le Panthéon… La conservation des monuments, à travers les siècles, font de Paris un lieu d’architectures éclectiques, mêlant style classique, style gothique, style haussmannien, un patrimoine du XIXème siècle (la Tour Eiffel par exemple) et un style d’architecture contemporaine.

L’architecture contemporaine à Paris offre plusieurs exemples de bâtiments devenus célèbres (le Centre Pompidou, l’opéra Bastille, la pyramide du Louvre…) représentatifs d’une volonté de prolonger l’expérience du passé dans celle du contemporain à Paris. En modernisant les paysages de lieux historiques chargés de symboles (la place de la Bastille, le Louvre…), l’architecture contemporaine modernise la ville tout en conservant et en enrichissant son patrimoine.

Vers une nouvelle architecture parisienne ?

Dans le paysage architectural parisien aujourd’hui, force est de constater que Paris n’en est plus exclusivement le centre.

Des œuvres architecturales aussi majeures que la Fondation Louis Vuitton pour la création ou encore aussi grandes que le projet de la tour Triangle (dont l’inauguration est prévue pour 2017), inaugurées aux frontières de la ville, laissent entrevoir le fait que de nouvelles opportunités sont à saisir hors des murs de la capitale.

Le projet du Grand Paris, qui vise à transformer l’agglomération parisienne en métropole mondiale, notamment par la création de nouveaux centres économiques autour de Paris et d’un plus grand réseau de transport, semble aller dans ce sens.

La modernisation des arrondissements situés aux extrémités de la ville (le 13ème notamment, et plus récemment l’avenue de France) porte de plus les signes d’une nouvelle architecture intra-muros, élargissant la perception que l’on a généralement de l’architecture parisienne et qui, jusqu’à récemment, se définissait surtout par celles des immeubles haussmanniens.

Architecture France

Il est ainsi difficile de donner une définition unique et unilatérale de l’architecture parisienne, tant celle-ci résulte de courants divers et présente des œuvres architecturales conservées d’époques variées. La direction qu’elle semble prendre aujourd’hui va dans le prolongement de cette diversité d’inspirations et de constructions, en élargissant les frontières de Paris vers des territoires autrefois repoussés et exclus par les travaux haussmanniens. L’essence de l’architecture à Paris résiderait donc dans une tension entre modernité et tradition, où le patrimoine historique et architectural sert ainsi à la fois de souffle créatif et de fondement à une nouvelle ère.